Colloque SANTÉ ET PROSTITUTION – Comprendre pour mieux soigner – organisé par l’INSERM et le Mouvement du Nid après l’étude ASPIRE

Le 10 mars 2026, s’est tenu à l’Hôtel de Ville de Paris le colloque SANTE ET PROSTITUTION – Comprendre pour mieux soigner – organisé par l’INSERM et le Mouvement du Nid, suite à l’étude ASPIRE, recherche participative pilotée par L’INSERM en collaboration avec le Mouvement du Nid.

 

Elle a consisté en la passation de questionnaires proposés à des personnes qui ont été victimes du système prostitutionnel et étaient accompagnées lors de cette passation par des associations pour une sortie de la prostitution.

 

 

L’Amicale du Nid, sollicitée pour participer à cette recherche, a mobilisé 23 professionnel.les sur 10 de nos sites qui ont fait passer le questionnaire à 86 personnes accompagnées, volontaires pour y répondre. Elle a également été mobilisée pour prendre la parole lors de ce colloque :

 

Denise, personne accompagnée par l’Amicale du Nid, a en tout début de journée, témoigné de son parcours de vie, empreint de violences subies dans son pays d’origine, puis lors de son parcours migratoire et de son vécu de personne victime de la prostitution. Son propos explicite et bouleversant a clairement introduit le continuum des violences subies et leurs relations manifestes ainsi que leurs effets extrêmement négatifs sur sa santé physique et psychique, ce dont elle a pris conscience dans le cadre de l’accompagnement dont elle a bénéficié.

 

Françoise Ritter et Marie-Hélène Franjou, actuelle et ancienne présidentes de l’Amicale du Nid, ont répondu lors d’une table ronde à des questions sur « les apports tangibles de cette recherche ».

 

Pour Françoise RITTER, participer à cette recherche en tant qu’association de terrain était d’intérêt général parce que nous avions des compétences pour la déployer grâce à nos professionnel.les et un panel important de personnes susceptibles d’y répondre. C’était un réel enjeu que cette étude se fasse dans les meilleures conditions possibles car nous savions qu’elle allait conforter et documenter ce que nous avions déjà repéré et investigué.  Nous pouvons encore mieux attester avec l’étude ASPIRE des causes de la prostitution et de ses conséquences sur la santé globale des personnes victimes. C’est un outil pour dénoncer les positions réglementaristes, les théories masculinistes, les positions relativistes qui embolisent l’espace public et la pensée courante… encore et toujours ! Mais bien entendu cette étude ne sert pas que notre lobbying : elle porte en elle des démarches et outils d’amélioration de notre accompagnement au service des personnes victimes que nous repérons, que nous accueillons et que nous accompagnons.  

 

 

Les professionnel.les étaient chargé.es de solliciter les personnes pour la passation des questionnaires. Elles l’ont fait avec des intentions au-delà de la passation : que celle-ci soit un déclencheur de parole, qu’elle permette de poursuivre l’accompagnement de manière renforcée, qu’elle ouvre sur des sujets d’échanges inattendus, des observations et informations qu’elles n’avaient pu réaliser autrement… Cette passation a été une information sur les questions de santé et bien sûr un état des lieux de la santé des personnes accompagnées. La prise en compte de la santé mentale a été vécue comme une avancée majeure. Elle a aussi mis en évidence une difficulté à accompagner les questions de santé : formation et réflexion sur la place de la santé dans l’accompagnement apparaissent nécessaires.  

 

 

Les personnes accompagnées ont massivement accepté de répondre, exprimant avoir fait parce qu’elles se sentaient en sécurité. La forme du questionnaire (choix parmi des réponses proposées) était facilitatrice. Elles se sont senties reconnues et soutenues dans une réflexion sur leur vécu : ce questionnaire avait un caractère libérateur, voire leur faisant prendre conscience du caractère « normal » de leurs souffrances (« je croyais que j’étais folle et là, je comprends que je ne l’étais pas »…).

 

Pour Marie-Hélène FRANJOU, « les résultats de l’étude actualisent les études antérieures. Dans les années 2010, l’Amicale du Nid a participé à l’étude Pro santé dont les résultats mettaient déjà en lumière les violences et leurs effets physiques et psychiques sur les personnes en situation de prostitution : l’étude actuelle les rappelle. Les réponses sont éloquentes : les violences d’avant sont là, vulnérabilisant les personnes, et les préparant à accepter d’autres violences. Un autre fait est souligné par Marie-Hélène Franjou qui a fondé l’association GAMS dont elle a été la première présidente : l’étude ASPIRE retrouve près d’un tiers de femmes ayant subi une mutilation sexuelle, situation qui a de très graves conséquences sur leur santé et celle de leurs enfants. Il faut en parler pour orienter vers des soins adaptés et pour prévenir une excision possible sur leurs filles.

Parmi les résultats de l’étude, deux ou trois d’entre eux sont particulièrement importants :

  • Les symptômes évocateurs de stress post-traumatiques sont retrouvés chez 62.5% des personnes répondantes, ils ont un impact énorme sur la qualité de vie des personnes. Pour mémoire on retrouve le stress post traumatique chez 5 à 12% de la population générale, ou un quart des militaires ayant participé à une guerre. Le pourcentage particulièrement élevé retrouvé chez les personnes en situation de prostitution est à souligner ;
  • Les interruptions de grossesse sont trois fois plus fréquentes que dans la population générale. Ces évènements ne sont pas anodins et laissent aussi des traces douloureuses chez une femme.

On peut espérer que tous les résultats de l’étude inciteront à être plus attentifs et attentives aux violences vécues pour mieux orienter, mieux prendre en charge. Pour faire comprendre aussi que la sortie de prostitution est la seule solution pour protéger sa santé et sa vie.

 

Cette étude n’a pas pour seul objectif de « mieux soigner », elle doit être utilisée pour faire connaitre l’enfer qu’est la prostitution, cet enfer n’est pas « glamour ».

 

Nawwal GUENDOUZ, psychologue au sein de l’AdN en Seine-Saint-Denis a participé a une table ronde portant sur « des solutions adaptées pour un accompagnement global : échanges de pratiques et outils ».

Lors de ce dernier échange, il s’agissait de mettre en lumière le travail proposé aux personnes majeures accompagnées, ainsi qu’aux mineur.es. Les entretiens individuels menés ont été présentés, ainsi que les ateliers collectifs proposés au sein des différents services de l’AdN 93. Ces espaces favorisent les temps de rencontre entre participants, offrent un cadre sécurisant sur le plan émotionnel, permettent le partage des parcours de vie, contribuent à rompre l’isolement et soutiennent l’apprentissage de la gestion des émotions. Dans le cadre de cet accompagnement, un parcours de prise en charge coordonné est proposé, mobilisant une équipe pluridisciplinaire. Ce dispositif permet d’accéder à des consultations auprès de professionnels de santé spécialisés, tant sur le plan somatique que dans la prise en charge du psycho traumatisme.