« dire que les femmes ont le droit de se vendre, c’est masquer le droit des hommes de les acheter. »

Françoise Héritier, Journal officiel du Sénat (séance du 30 mars 2015).

Notre définition :


 

La prostitution est le fait de solliciter, d’accepter ou d’obtenir des actes sexuels d’une personne en échange d’une rémunération, de la fourniture d’un avantage en nature ou de la promesse d’un tel avantage.

 

On remarquera qu’il s’agit d’une personne et non plus d’une « personne qui se livre à la prostitution » comme le précise l’article L611.1 du code pénal.

 

Cette définition rompt avec l’approche courante de la prostitution qui l’envisage seulement du côté de la personne qui « vend l’usage de son corps ».

 

 

Notre analyse du système prostitutionnel

Les violences du système prostitutionnel s’inscrivent dans le continuum des violences faites aux femmes et aux enfants.

 

Le premier responsable du système prostitutionnel est l’acheteur d’actes sexuels.

 

Le système prostitutionnel est un système de violences organisé par l’action conjointe des prostitueurs qui sont d’une part les proxénètes et les trafiquants qui organisent le marché des corps et d’autre part les « clients » /acheteurs qui utilisent ces corps.

 

Il comprend toutes les formes de « commerce sexuel » et toutes les structures et institutions qui les favorisent.

 

Il est renforcé par la pauvreté et le racisme, il perpétue la culture du viol et s’inscrit dans le continuum des violences faites aux femmes et aux personnes vulnérables.

 

« Ma première fois, quand j’ai quitté le Mali pour un trajet qui n’était pas facile, pas facile à franchir, pas facile d’ouvrir cette porte. Au début j’étais contente et fière de moi, car j’avais deux gentils frères qui me donnaient du courage. La chose la plus triste ensuite est que je me suis retrouvée seule à accomplir tout. Seule, je suis passée par plein de villes, pays, pour arriver au Maroc. J’étais triste d’être seule là-bas, je n’avais aucune connaissance. C’était pas facile au début : comment manger ? dormir ? C’était pas facile. Après, j’ai pris la route pour l’Espagne, pour arriver en France. Je suis très contente et fière de moi d’avoir franchi toutes ces étapes toute seule. Chaque fois que je vois un client, il y a une partie de moi qui part. » A., femme adulte hébergée.

La prostitution est une violence qui s’inscrit dans un double rapport de domination:


 

  • Celui des hommes sur des femmes : cette domination patriarcale est très ancienne et repose sur ce Françoise Héritier définit comme « valence différentielle des sexes » ;
  • Celui entre un acheteur d’actes sexuels, communément appelé « client », qui a de l’argent et des personnes qui en ont besoin ; ce besoin d’argent provient d’origines diverses comme la pauvreté, la précarité ou la désaffiliation sociale.

 

Des enfants, des personnes transidentitaires et des hommes sont aussi victimes de ce système de domination masculine, sexiste et d’appropriation des corps. Les violences du système prostitutionnel s’inscrivent dans le continuum des violences sexistes à l’encontre des femmes, telles que les agressions sexuelles, les incestes, les viols, les violences conjugales…

 

Quelle que soit son appellation, quelles que soient ses modalités, la prostitution est une atteinte à l’intégrité de la personne qui a de graves conséquences sur sa santé physique, sexuelle et psychique. C’est un déni du droit humain à la dignité. Les personnes prostituées sont des victimes de cette violence.

 

L’Amicale du Nid considère que la prostitution est un « viol tarifé » : il ne s’agit pas de « travail du sexe ».

 

L’amicale du Nid considère par ailleurs que la pornographie n’est autre que de la prostitution qui renforce les violences sexuelles subies par les images diffusées sur les réseaux sociaux. Il en est de même du caming ou actes sexuels filmés et mis en ligne sans contact avec le consommateur qui les commande et les rémunère et de l’assistanat sexuel à destination de personnes en situation de handicap, majoritairement des hommes.

 

L’Amicale du Nid dénonce également les autres formes d’appropriation des corps des femmes et des enfants qui sont à intégrer dans le continuum des violences sexistes et sexuelles à leur encontre comme les mutilations sexuelles féminines et la Gestation Pour Autrui (GPA) ou exploitation reproductive.

 

J’ai vécu la prostitution. Je reste marquée par cette expérience indélébile. Les personnes qui nous traitent comme des moins que rien… La prostitution, je l’ai vécue comme une suite de viols, je me demandais comment ces hommes pouvaient défiler sans poser de questions, pas un seul ne s’est inquiété de ma détresse. » Laurence Noëlle, « Renaître de ses hontes ».

« Ainsi la prostitution est un système de violence structuré principalement par l’action conjointe des proxénètes et des clients qui provoquent et réclament la mise en assujettissement de personnes, le plus souvent des femmes et des enfants mais aussi des hommes et, de fait leur déplacement et/ou leur offre comme des marchandises dans le monde entier. La prostitution est une organisation produite par la double domination masculine et de l’argent au profit des prostitueurs, accès au corps d’une personne pour le “client”, profits monétaires pour le proxénète ou trafiquant; elle est une violence de genre qui impose des actes sexuels sans désir à des personnes que des violences subies dans l’enfance et l’adolescence et/ou la pauvreté ont rendu vulnérables. Elle implique aussi Etats, groupes et institutions, soit par une participation directe ou indirecte à ce viol marchandisé, (organisation comme un commerce et perception de revenus), soit par un rôle plus global de renforcement ou non des représentations (masculin/féminin), d’exigence ou non de l’égalité en général et entre les femmes et les hommes, par des actions de lutte ou pas contre la prostitution, par l’insuffisance de la prise en compte et de la réduction de la pauvreté et de la précarité ainsi que des violences commises dans la famille. »

 

Geneviève Duché, présidente d’honneur de l’Amicale du Nid, Non au système prostitutionnel, Editions Persée, p 293

Vous avez des droits !

La loi du 13 avril 2016


 

La loi du 13 avril 2016 confirme la position abolitionniste de la France qui considère la prostitution comme une atteinte à la dignité des personnes, comme contraire à l’égalité entre les femmes et les hommes, et les personnes prostituées comme victimes du système prostitutionnel – un système fondé sur le patriarcat, sur l’assujettissement de beaucoup de femmes, d’hommes et d’enfants en situation précaire et leur assignation directe au plaisir masculin. Les prostitueurs – acheteurs, proxénètes et trafiquants – sont des auteurs de violence encouragés par tous-tes ceux et celles qui souhaitent que la prostitution soit un métier.

Pourquoi reconnaitre une personne comme victime ?


 

Reconnaître une personne comme victime, c’est reconnaître qu’elle est sujet de droit et qu’elle a droit à son intégrité, à ne pas subir de violences, à ce que soit reconnu le préjudice subi.

 

En tant que victime de la prostitution, du proxénétisme et de la traite des êtres humains, vous avez des droits !

You have rights !

The French April 13 2016 law


 

The French April 13 2016 law confirms France’s abolitionist position, considering prostitution as an infringement of human dignity, in opposition with equality between men and women, and prostituted persons as victims of the prostitutional system – a system that is based on patriarchy, the subordination of many women, men and children in precarious situation, and their direct assignation to men pleasure. Buyers, pimps, and traffickers are perpetrators of violence, supported by all those wishing for prostitution to be a job.

Why recognising someone as a victim?


 

Recognising a person as a victim means that she/he has rights: right to her/his integrity, not to suffer violence, to see the endured damages acknowledged.

As a victim of prostitution, pimping, and human trafficking, you have rights !

 

tienes derechos !

La ley francesa del 13 de abril de 2016


 

La ley francesa del 13 de abril de 2016 confirma la posición abolicionista de Francia que considera la prostitución como una violación de la dignidad humana, en oposición a la igualdad entre hombres y mujeres, y las personas prostituidas como víctimas del sistema de prostitución – un sistema basado en el patriarcado, la subordinación de muchas mujeres, hombres y niños en situación precaria, y su asignación directa al placer masculino. Los compradores, los proxenetas y los traficantes son autores de violencia apoyados por todos aquellos que desean que la prostitución sea un trabajo.

Por qué reconocer a una persona como víctima?


 

Reconocer a una persona como víctima es reconocer que es sujeto de derecho y que tiene derecho a su integridad, a no sufrir violencia, a que se reconozca el daño sufrido.

Como víctima de la prostitución, el proxenetismo y la trata de seres humanos, ¡tienes derechos!

Paroles de personnes accompagnées ayant subi l’exploitation par le système prostitutionnel

                                                                                           Juliette

« Quand j’ai commencé, j’étais mineure. Au départ, je n’aurais jamais imaginé faire ça. Puis il y a eu le besoin d’argent. Je voyais une autre jeune fille gagner beaucoup d’argent et je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » J’étais seule, sans soutien familial, et cette solution m’a semblé possible.

 

Aujourd’hui, je me rends compte que le plus difficile n’est pas seulement d’arrêter. C’est tout ce que cette expérience laisse derrière elle. Quand on a connu cet argent, on sait qu’il est toujours possible d’y retourner dès qu’on en manque. C’est devenu une option qui paraît presque normale : c’est ça qui est inquiétant.

 

Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que ce n’était pas de « l’argent facile ». Le prix à payer est immense. On perd peu à peu le respect de soi. On finit par accepter des choses qu’on n’aurait jamais imaginé accepter auparavant. On banalise des situations qui sont pourtant violentes.

 

Cette expérience change aussi le regard que l’on porte sur les autres. Après avoir rencontré autant de clients, je ne vois plus les gens de la même façon. Je me méfie davantage et j’ai parfois du mal à croire aux relations. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à envisager une relation amoureuse. Je ne sais pas si cela changera un jour.

 

Pendant longtemps, j’ai aussi eu besoin de trouver des moyens d’oublier ce que je vivais. Beaucoup de jeunes cherchent à mettre à distance cette réalité, à travers des consommations ou d’autres échappatoires. Même lorsque la fréquence est moins élevée, les conséquences psychologiques restent présentes.

 

Ce qui m’a aidée, c’est de pouvoir mettre des mots sur ce que je vivais. Ici, je peux parler sans avoir à me justifier. C’est important, parce qu’en dehors de l’association, je n’en parle presque jamais. Même avec mes amis, je sens qu’ils ne peuvent pas comprendre ce que cela représente réellement.

 

J’aimerais aussi que l’on comprenne une chose : on ne commence pas ce parcours par hasard. Derrière l’argent, il y a souvent des blessures, des manques, des violences, des carences affectives ou éducatives. Ce n’est jamais une histoire simple.

 

Si je partage mon histoire aujourd’hui, c’est pour rappeler qu’avant de juger une personne, il faut essayer de comprendre ce qui l’a amenée jusque-là. »

                                                                                           Paola

 » Je m’appelle Paola, j’ai 35 ans et je suis originaire du Mexique.

En juillet 2024, j’ai reçu un SMS qui a marqué un tournant dans ma vie.

 

Ce message venait de l’association de l’Amicale du Nid et proposait des préservatifs ainsi que des informations utiles. Sur le moment, je ne savais pas encore à quel point cette simple prise de contact allait tout changer.

 

Lors de ma première visite à l’association, j’ai été accueillie avec beaucoup de respect et de bienveillance. Une femme de l’équipe m’a reçue, puis m’a présentée à une assistante sociale.

 

Très vite, je me suis sentie écoutée, sans jugement.

 

Nous avons parlé de mon parcours, de la prostitution que j’ai commencée au Mexique à la suite de difficultés personnelles, mais aussi de mes doutes, de mes peurs et de mes espoirs. Cette rencontre m’a redonné confiance. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai senti qu’un changement était possible et que je n’étais plus seule.

 

C’est cette confiance qui m’a donné envie de revenir, de m’engager davantage et de découvrir tout ce que l’association pouvait m’apporter. Les personnes que j’y ai rencontrées ont toujours fait preuve d’une grande compréhension et d’une profonde empathie.

 

Grâce à elles, j’ai commencé à croire que je pouvais réellement construire un avenir différent, en dehors de la prostitution.

 

Ma travailleuse sociale m’a parlé du Parcours de Sortie de la Prostitution. Aujourd’hui, je suis convaincue que ce parcours représente une véritable opportunité pour sortir de la prostitution et avancer vers une vie plus digne et stable pour moi. Le soutien constant de l’Amicale du Nid est essentiel pour moi : il me donne la force de comprendre ce parcours, de m’y engager pleinement et de ne pas abandonner.

 

Je souhaite suivre ce parcours avec sérieux, de mettre en place tout ce qui peut avoir un impact positif sur ma vie, de me reconstruire professionnellement et de prendre soin de ma santé, autant physique que mentale, après des années de prostitution. J’aspire à une vie plus équilibrée, apaisée, où je puisse m’épanouir pleinement.

 

Sur le plan professionnel, je souhaite trouver un emploi qui me permette de m’investir avec toute mon énergie et mon expérience, tout en respectant mon bien-être.

 

Je tiens aussi à témoigner de la réalité de la prostitution. Ce n’est pas un véritable travail, et c’est une activité extrêmement dangereuse. Les risques sont permanents : violences physiques et verbales, agressions, menaces. J’ai moi-même été menacée avec une arme à feu lors d’un vol. Il arrive aussi que plusieurs clients se présentent, vous agressent, vous volent ou vous violent.

 

Cette réalité met gravement en danger la santé et la vie des personnes qui l’exercent. »

 

                                                                                           kévine

« Originaire du Congo-Brazzaville, j’ai commencé la prostitution là-bas, très jeune, j’étais mineure, j’avais 17 ans. J’avais des problèmes au Congo qui m’empêchaient de rester dans mon pays, j’ai donc dû aller au Sénégal. Arrivée au Sénégal, j’ai été contactée par une dame qui m’a proposé un boulot à Dubaï, c’était pour être femme de chambre. J’ai compris en arrivant là-bas qu’il s’agissait de prostitution. Les nigérians qui m’ont reçue m’ont pris mes papiers et m’ont forcée à travailler dans la rue, j’ai été violée, parfois même filmée. Dubaï est différent de la France : la police est très présente, ce n’était pas facile. Je n’avais plus de papiers, plus de visa, c’était compliqué de rester là-bas.

 

Ils m’ont proposé de venir en France, d’y venir travailler pour rembourser une dette apparemment contractée par la dame qui m’avait « vendue » : je n’ai jamais eu le montant exact de cette dette. Ils ont ensuite fait des faux-papiers pour mon arrivée en France. On m’a emmenée de Dubaï à Bahreïn, puis direction Milan. Je me suis ensuite retrouvée à Lyon. A Lyon, je me prostituais de nuit, car comme je parle français, je ne devais pas sortir de jour.

 

J’ai ensuite réussi à m’échapper lorsque j’étais avec un client, je lui ai expliqué ce que j’ai vécu, notamment mes traumatismes. Il a eu pitié de moi et m’a laissée, en me donnant le numéro et le nom de l’Amicale du Nid à Lyon, mais il ne m’a pas accompagnée à la police, de peur d’être arrêté.

Je me suis retrouvée à l’Amicale du Nid à Lyon en octobre 2022, j’ai pu rencontrer une juriste qui m’a conseillée de demander l’asile, ce que j’ai fait en décembre. Comme je n’avais aucun endroit où dormir, l’Amicale du Nid m’a envoyée chez les sœurs, au couvent à Bellecour. (…).

 

Grâce à une copine, j’ai appris que j’avais une cousine à Lyon, et une à Grenoble. Ma cousine lyonnaise a donc accepté de me recevoir, puisqu’elle était seule avec ses enfants.

A l’Amicale du Nid à Lyon, on m’a indiqué qu’un établissement existait aussi à Grenoble, j’y suis donc allée en avril 2023. »

                                                                                           Precious

« Je m’appelle Precious, je viens du Nigeria, d’Edo State. J’ai 29 ans et je vis en France. J’ai deux enfants, le plus grand à trois ans, le second en a deux.

 

Mon histoire commence comme cela : quand je suis arrivée en Europe avec ma « Madam » (terme désignant une proxénète, souvent issue du même réseau que la personne exploitée) qui habite au Nigeria.

Je veux parler de ma vie, de la prostitution…

 

J’avais 20 ans quand je suis partie du Nigeria. Je suis passée par la Libye et l’Italie. On m’a dit que je devais partir travailler en France.

 

Ma Madam m’a prostituée à Paris. Pendant cinq ans, j’ai payé ma Madam avec l’argent de la prostitution. Je payais ma dette toutes les semaines à ma proxénète. J’ai remboursé 15 000e à ma proxénète, ce n’était pas la totalité des 32 000e que je devais rembourser.

 

Quand j’ai appris ma grossesse en 2021, j’ai décidé d’arrêter la prostitution, de payer. J’étais épuisée, je ne voulais plus faire cela.

 

Après la naissance de mon premier enfant, j’y suis retournée. Je n’avais pas d’argent, une bouche à nourrir de plus.

 

A ma deuxième grossesse, je suis partie de Paris. Je voulais m’éloigner physiquement de la prostitution, de Paris. Je n’avais pas non plus de mise à l’abri via le 115 à Paris.

 

Quand je suis arrivée à Montpellier, j’ai rencontré l’Amicale du Nid et j’ai pu être mise à l’abri avec mon enfant.

 

J’ai fait des allers-retours dans la prostitution après mon accouchement, pour survivre. »

 

 

Les discriminations liées à la transidentité

« Une violence quotidienne depuis mon retour en France, il y a deux ans.

 

J’ai transitionné à Montréal, pendant une année d’échange universitaire. Là-bas, je me sentais en sécurité dans l’espace public. Personne ne se permettait de m’agresser parce que j’étais une femme transidentitaire, excepté quelques itinérants qui insultaient tout le monde.

Lorsque je suis revenue chez moi, le regard des gens avait changé. J’avais été un homme pendant vingt-cinq ans, et je réalisais soudainement que les espaces étaient « genrés ». Avant de devenir une femme transidentitaire, je pouvais aller comme bon me semblait sans que personne n’y prête attention.

 

Cette indifférence générale pouvait être pesante par moments, mais elle m’octroyait une certaine liberté. Maintenant, chaque espace implique un risque d’agression variable qu’il est nécessaire d’appréhender par l’apprentissage. À l’université, ce sont des moqueries chuchotées et des démarches administratives rendues laborieuses sans explications.

 

Dans les magasins, ce sont des menaces qui grondent derrière mon dos ou des regards fixes qui n’en démordent jamais. Dans les bars, ce sont des commentaires sur mon aspect, des questions sur ma sexualité, des gestes et des propositions déplacées, voir, des menaces et des insultes. Ainsi : « ma belle » ; « princesse » ; et « bébé » mêlées à « fils de pute de pédé » ; « travelo dégelasse » ; et « sale pute ».

Être prostituée n’est pas ce qui m’a exposée aux premiers viols. En fait, la curiosité ainsi que le désir d’être perçue et de me penser comme une femme m’avaient déjà rendue vulnérable face à une kyrielle d’hommes voulant profiter de mon corps.

 

Combien d’amis ont fini par essayer de me pénétrer dans mon sommeil ? Combien d’amants me prenaient par surprise, parfois même lorsque je me rhabillais ? Combien encore m’ont fait chanter pour me garder dans leur lit, ou pour assouvir un fantasme en particulier… je ne les compte plus. La plupart du temps, je me contente d’un message explicatif avant de couper le contact.

 

Parfois certains me retrouvent et me harcèlent, car ils ne comprennent pas que menacer d’étrangler une fille « pour rigoler » ou pratiquer la sodomie sans protection contraceptive constituent des facteurs de rupture.

 

Le viol faisait partie du quotidien, on aurait presque pu le réduire à une fonction mathématique où la variable « besoin de pognon » était positivement corrélée à celle du consentement. Paradoxalement, les clients étaient obsédés par le besoin de m’embrasser, d’en savoir plus sur ma vie, de s’assurer que la prostitution était pour moi une activité choisie sur la base du désir sexuel et d’un peu de vénalité. Tout se passait comme si nous jouions aux amants, et que monsieur avait la bonté de me donner quelques billets pour financer mes facéties au détriment de sa femme qui ignorait cette situation. »