Témoignage de personne accompagnée:les discriminations liées à la transidentité

Que t’évoquent les violences sexistes et sexuelles ?

 

« Une violence quotidienne depuis mon retour en France, il y a deux ans.

J’ai transitionné à Montréal, pendant une année d’échange universitaire. Là-bas, je me sentais en sécurité dans l’espace public. Personne ne se permettait de m’agresser parce que j’étais une femme transidentitaire, excepté quelques itinérants qui insultaient tout le monde.

Lorsque je suis revenue chez moi, le regard des gens avait changé. J’avais été un homme pendant vingt-cinq ans, et je réalisais soudainement que les espaces étaient « genrés ». Avant de devenir une femme transidentitaire, je pouvais aller comme bon me semblait sans que personne n’y prête attention.

 

Cette indifférence générale pouvait être pesante par moments, mais elle m’octroyait une certaine liberté. Maintenant, chaque espace implique un risque d’agression variable qu’il est nécessaire d’appréhender par l’apprentissage. À l’université, ce sont des moqueries chuchotées et des démarches administratives rendues laborieuses sans explications.

 

Dans les magasins, ce sont des menaces qui grondent derrière mon dos ou des regards fixes qui n’en démordent jamais. Dans les bars, ce sont des commentaires sur mon aspect, des questions sur ma sexualité, des gestes et des propositions déplacées, voir, des menaces et des insultes. Ainsi : « ma belle » ; « princesse » ; et « bébé » mêlées à « fils de pute de pédé » ; « travelo dégelasse » ; et « sale pute ».

Être prostituée n’est pas ce qui m’a exposée aux premiers viols. En fait, la curiosité ainsi que le désir d’être perçue et de me penser comme une femme m’avaient déjà rendue vulnérable face à une kyrielle d’hommes voulant profiter de mon corps.

 

Combien d’amis ont fini par essayer de me pénétrer dans mon sommeil ? Combien d’amants me prenaient par surprise, parfois même lorsque je me rhabillais ? Combien encore m’ont fait chanter pour me garder dans leur lit, ou pour assouvir un fantasme en particulier… je ne les compte plus. La plupart du temps, je me contente d’un message explicatif avant de couper le contact.

 

Parfois certains me retrouvent et me harcèlent, car ils ne comprennent pas que menacer d’étrangler une fille « pour rigoler » ou pratiquer la sodomie sans protection contraceptive constituent des facteurs de rupture.

 

Le viol faisait partie du quotidien, on aurait presque pu le réduire à une fonction mathématique où la variable « besoin de pognon » était positivement corrélée à celle du consentement. Paradoxalement, les clients étaient obsédés par le besoin de m’embrasser, d’en savoir plus sur ma vie, de s’assurer que la prostitution était pour moi une activité choisie sur la base du désir sexuel et d’un peu de vénalité. Tout se passait comme si nous jouions aux amants, et que monsieur avait la bonté de me donner quelques billets pour financer mes facéties au détriment de sa femme qui ignorait cette situation. »