À l’occasion des dix ans de la loi du 13 avril 2016, l’association Zéromacho a organisé, à l’Espace Mondétour de la Fondation Scelles, une rencontre publique intitulée « La face cachée des salons de massages : les hommes qui achètent des femmes ».
Derrière les vitrines de ces établissements se cachent des réalités d’exploitation et de violences trop souvent invisibilisées. Selon le recensement actualisé de Zéromacho en septembre 2026, 426 prétendus « salons de massages » parisiens sont identifiés par l’association comme des lieux de prostitution.
Mettre en lumière la responsabilité des acheteurs
La rencontre a rassemblé plusieurs acteur.rices engagé.es dans la lutte contre le système prostitutionnel, parmi lesquel.les Maud Olivier, ancienne députée et co-auteure de la loi de 2016, le colonel Jérôme Barlatier, engagé dans les enquêtes sur les réseaux, ainsi que Claudine Legardinier, journaliste spécialiste de la prostitution.
Les échanges ont notamment porté sur les mécanismes de domination masculine, le fonctionnement des réseaux et les difficultés rencontrées dans l’application de la loi.
« J’ai bien pris mon pied donc tout va bien. »
Cette phrase, visible sur une affiche de Zéromacho dans la vidéo de la rencontre, illustre avec force la banalisation de l’achat d’actes sexuels et l’indifférence à l’égard des violences vécues par les personnes en situation de prostitution.
La prostitution ne peut être combattue sans s’attaquer à la demande masculine qui alimente le système. Derrière chaque acte prostitutionnel acheté, il y a un homme dont la responsabilité ne peut être ignorée.
Cette réalité est également mise en lumière dans l’ouvrage Des bordels aux forums. Paroles d’hommes, présenté par Gérard Biard, président de Zéromacho. En s’appuyant sur des échanges publiés par des acheteurs d’actes sexuels sur des forums, ce livre révèle la banalisation des violences, le mépris et les mécanismes de déshumanisation qui traversent le système prostitutionnel.
Faire entendre la parole des acheteurs d’actes sexuels, c’est ainsi révéler les rapports de domination et les mécanismes de déshumanisation qui contribuent à perpétuer le système prostitutionnel.
Dix ans après la loi de 2016, une application encore indispensable
Dix ans après son adoption, l’application effective de la loi du 13 avril 2016 demeure un enjeu majeur. En pénalisant l’achat d’actes sexuels et en reconnaissant les personnes en situation de prostitution comme devant être protégées et accompagnées, cette législation affirme un changement fondamental de perspective.
L’exploitation sexuelle repose sur une demande, des acheteurs et un système d’exploitation contre lesquels il est possible et nécessaire d’agir.