A l’heure où certain.es prônent la dépénalisation des acheteurs auprès d’adultes, la restriction de la définition pénale du proxénétisme et le « travail du sexe » : quel message auprès des enfants en général, des 160 000 enfants victimes d’agressions sexuelles, viols et incestes chaque année et des enfants sexuellement exploités par le système prostitutionnel ?
Selon les données de l’Etat 15 000 à 20 000 enfants sont sexuellement exploités par le système prostitutionnel en France.
945 enfants victimes ont été enregistrées par les forces de l’ordre en 2025, c’est-à-dire + 167% depuis 2021.
Le Tribunal judiciaire de Bobigny dénombre en 2025 265 victimes de proxénétisme, pour la quasi-totalité des filles, d’âge moyen 15 ans et 4 mois.
Les Missions mineur.es de l’Amicale du Nid ont accueilli et co-accompagné 470 enfants et jeunes adultes jusque 20 ans en 2025. Parmi ces jeunes :
- 1/4 a moins de 15 ans
- 96% sont de filles ; 3 % des garçons ; 1 % de jeunes de genre « fluide »
- 90% européennes dont 87 % de nationalité française, 6% d’Afrique subsaharienne
- 4% dont des mineur.es non accompagné.es
- 60% sont déscolarisées
- 91% sont sous mesure éducative, dont 53% placées
- Toutes et tous ont subi des violences : 94% des violences psychologiques, 90% ont été témoins de violences intrafamiliales, 88% ont subi des violences physiques, 87% des agressions sexuelles, 72% des cyberviolences (pour la moitié par diffusion de contenus intimes et sexuels), 66% ont subi au moins un viol, 68% du harcèlement sexuel, 44% ont subi un inceste (dont la moitié par le père), 22% ont subi des violences dans leur couple, 17% ont été témoin de prostitution dans leur entourage (à 86% de leur mère)
- 13% victimes de traite
- En matière de santé : 79% ont été au moins une fois hospitalisé.e en psychiatrie, 57% souffrent de syndrome post traumatique, 55% ont souffert d’au moins une IST, une sur cinq a pratiqué au moins une IVG, 7 sur 10 ont au moins une addictions (dont cannabis, protoxyde d’azote), 86% ont subi une soumission chimique en lien avec la prostitution (36% en amont)
La Haut-Commissaire à l’Enfance, Sarah El HAIRY, organise chaque mois des débats sur différentes thématiques relatives à l’enfance. Elle a « choisi de consacrer cette édition à l’exploitation sexuelle des mineurs, alors que nous marquons les 10 ans de la loi du 13 avril 2016 qui a profondément renforcé notre cadre de lutte.
Ce choix s’impose surtout face à des chiffres vertigineux : entre 15 000 et 20 000 mineurs seraient aujourd’hui en situation de prostitution en France. Derrière ces chiffres, ce sont des adolescents vulnérables, souvent en rupture, que nous devons regarder en face. Ces adolescents sont souvent manipulés par ceux qui profitent de leur vulnérabilité, et exploitent leur besoin d’amour, besoin d’appartenance. Nous leur devons écoute et compréhension.
Cette réalité nous oblige collectivement à mieux comprendre ce phénomène pour lutter contre l’impuissance ressentie par tant d’adultes. C’est pourquoi cette matinée vise à nous mobiliser pour mieux repérer et agir. »
Ainsi, le 9 avril avait lieu « Enfance en débat » sur l’exploitation sexuelle des mineur.es auquel l’Amicale du Nid intervenait :
Delphine Jarraud, Déléguée générale de l’Amicale du Nid : Delphine Jarraud, Déléguée générale de l’Amicale du Nid :
« Le système machiste qui est le nôtre renforce l’impunité des auteurs d’exploitation sexuelle des
mineur.es. »
Nous sommes face à un système profondément marqué par la domination masculine, où 23 % des hommes expriment des formes de sexisme agressif, et où certains considèrent encore comme acceptable d’avoir des relations sexuelles avec des enfants.
Le phénomène est massif : chaque jour, entre 45 000 et 55 000 offres en ligne concernent des relations sexuelles impliquant des mineurs, avec environ 431 000 visiteurs quotidiens. Nous ne sommes pas face à des cas isolés, mais à une réalité structurée et de grande ampleur.
Les victimes sont avant tout des enfants en situation de vulnérabilité. Or, 160 000 enfants subissent chaque année des violences sexuelles, constituant un vivier de victimes potentielles pour l’exploitation. Dans un contexte où le sexisme est prégnant et où la consommation de contenus pornographiques dépasse largement les efforts d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), la prévention reste insuffisante.
Il existe un continuum des violences, entre majeurs et mineurs : les logiques d’exploitation s’inscrivent dans une continuité, sans rupture nette.
Enfin, les modes opératoires évoluent. Le schéma du « lover boy » recule au profit de pratiques plus directes et violentes : viols filmés, chantage, menaces. Les victimes peuvent également être instrumentalisées et contraintes de devenir recruteuses, dans une logique de survie et pour tenter d’échapper à leur propre exploitation.
Face à cela, l’Amicale du Nid développe une approche globale, articulant prévention auprès des jeunes et formation des professionnels. Il y a un travail à faire sur l’outillage des professionnels de l’éducation nationale. Il y a une réelle nécessité de coordination des parcours à l’aide des préfectures.
Et le 16 avril avait lieu un ciné-débat organisé autour du documentaire « Comme si j’étais morte » en présence de Benjamin Montel, réalisateur, Sébastien Schmitt, directeur de foyer, et Christine Blec, cheffe de service et éducatrice spécialisée