Journée européenne de lutte contre la traite des êtres humains:Mieux repérer pour protéger

La traite des êtres humains est définie par le code pénal comme le fait de recruter, transporter, transférer, héberger ou accueillir une personne aux fins de son exploitation, notamment par la menace, la violence, la contrainte, la tromperie ou l’abus d’une situation de vulnérabilité. Pour les victimes mineures, ces moyens n’ont pas à être démontrés.

 

La traite des êtres humains englobe diverses formes d’exploitation : l’exploitation sexuelle, le travail forcé, la mendicité forcée et la contrainte à commettre des délits ou crimes.

 

Un phénomène mondial

 

La traite des êtres humains génère dans le monde jusqu’à 150 milliards de dollars de profits chaque année, ce qui en fait l’une des activités criminelles les plus lucratives au monde. Près de 50 millions de personnes sont aujourd’hui victimes d’exploitation.

 

En France : des femmes, hommes ou enfants identifiées, accompagnées, enregistrées

  • Plus de 7 000 personnes identifiées par les associations en 2024 comme étant victimes d’une ou plusieurs formes d’exploitation et de traite des êtres humains.
  • Près de 5 000 personnes accompagnées individuellement par 44 associations spécialisées dont l’Amicale du Nid.
  • 2 200 victimes enregistrées par les forces de l’ordre en 2025.

 

Le 15 octobre 2026, le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) et le ministère de la Justice ont publié un bilan statistique consacré à la traite et à l’exploitation des êtres humains en France entre 2016 et 2025.

 

Cette étude révèle une augmentation significative du nombre de victimes enregistrées au cours de la dernière décennie, notamment parmi les personnes mineures victimes de proxénétisme. Des constats qui rappellent l’urgence de renforcer la prévention, la protection et l’accompagnement des victimes.

 

Une hausse de près de 50 % du nombre de victimes enregistrées en dix ans en France

 

En 2025, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 2 200 victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains (+5 % par an en moyenne depuis 2016, + 50% en 10 ans) :

  • 49 % ont été victimes de proxénétisme,
  • 36 % d’exploitation par le travail,
  • 7/10 sont des femmes (67 %), cette proportion atteint 97 % parmi les victimes de proxénétisme.
  • 1/4 est mineure (26 %).

 

Les données 2016-2025 mettent en évidence un rajeunissement particulièrement préoccupant des victimes de proxénétisme : leur âge médian est passé de 26 ans en 2016 à 20 ans en 2025.

Près d’une victime de proxénétisme sur deux enregistrée par les services de sécurité a désormais moins de 20 ans.

 

Cette évolution souligne l’importance de renforcer les actions de prévention et de repérage auprès des jeunes les plus vulnérables, particulièrement exposé.es aux stratégies de recrutement, d’emprise et d’exploitation sexuelle.

 

Le nombre de personnes mineures victimes de proxénétisme a triplé en dix ans

 

En 2025, environ 560 personnes mineures ont été enregistrées comme victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains, représentant 26 % de l’ensemble des victimes.

 

Concernant spécifiquement le proxénétisme, l’évolution est particulièrement importante :

  • En 2016, les victimes mineures représentaient 13 % des victimes de proxénétisme, soit environ 120 personnes.
  • En 2025, cette proportion atteint 35 %, soit près de 380 personnes.
  • En dix ans, leur nombre a ainsi été multiplié par trois.

 

L’étude souligne également une évolution de la nationalité des victimes mineures de proxénétisme : 72% de nationalité française en 2016, contre 91 % en 2025.

 

Ces chiffres mettent en évidence la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention, de protection de l’enfance et d’accompagnement spécialisé, mais aussi la formation des professionnel.les susceptibles de repérer ces situations.

 

Droit au séjour des victimes

  • Cartes de séjour temporaire (CTS) : En 2025, 970 CST « vie privée et familiale » en qualité de victime de traite des êtres humains ou proxénétisme ont été délivrées, soit une hausse de 25 % depuis 2024 et une hausse annuelle moyenne de 27 % depuis 2020 (création et renouvellement).
  • Cartes de résident.es : Le nombre de créations et renouvellements de cartes de résident.es passe de 48 à 73 entre 2024 et 2025.
  • Autorisation provisoire de séjour (APS) : le nombre d’APS (délivrées dans le cadre des parcours de sortie de prostitution, a augmenté de 11 % entre 2024 et 2025 : 360 créations et 1 000 renouvellements. Le nombre d’APS délivrées a triplé depuis 2020.
  • Récépissés « délai de réflexion » :  moins de 5 délivrances enregistrées en 2025.

Ces chiffres concernent des délivrances et des renouvellements de documents de séjour, et non nécessairement autant de personnes distinctes.

 

Les auteurs

 

Sur 2 300 mis en cause enregistrés en 2025 (+5 % par an en moyenne depuis 2016) :

  • 3/4 sont des hommes,
  • 90 % sont majeurs.

 

Parmi les 1 100 condamnés en 2024 (+5 % par an en moyenne depuis 2016) :

  • 60 % sont de nationalité française,
  • Près de 50% sont des hommes de moins de 30 ans.

 

Les condamnations :

  • Entre 2021 et 2024, 68 % des condamnations sont à une peine d’emprisonnement ferme (-5 points par rapport à 2016-2019).

 

Rajeunissement des auteurs condamnés

  • La part des hommes de 18-19 ans condamnés pour au moins une infraction de traite ou d’exploitation des êtres humains et celle des 20-24 ans a fortement augmenté : respectivement 12 % et 22 % des condamnés en 2024.
  • De même, la majorité des personnes condamnées pour au moins une infraction de traite ou d’exploitation des êtres humains a moins de 30 ans : 52 % chez les femmes et 61 % chez les hommes en 2024.

 

Ce rajeunissement global des condamnés pour traite et exploitation des êtres humains, notamment pour proxénétisme, présente plusieurs caractéristiques :

  • Les jeunes proxénètes sont souvent connus des services de police, de gendarmerie, et de la justice pour des faits liés au trafic de stupéfiants. Certains pourraient se tourner vers le proxénétisme, si la mise en œuvre de l’exploitation sexuelle s’avère plus rapidement lucrative et plus discrète que les trafics de stupéfiants.
  • Le développement de l’utilisation des supports numériques par les proxénètes (réseaux sociaux et plateformes dédiées) participe à la baisse de l’âge moyen de ces derniers, parfois mineurs.

En 2024, les mineurs représentent 4% des condamnés pour au moins une infraction de traite ou d’exploitation des êtres humains, contre moins d’1% en 2016. Les mineurs condamnés en 2024 pour au moins une infraction de traite ou d’exploitation des êtres humains le sont exclusivement pour des faits de proxénétisme.

 

Au-delà des données statistiques, chaque chiffre représente une personne confrontée à des violences, à l’emprise et à des atteintes à ses droits fondamentaux.

 

La lutte contre la traite des êtres humains doit ainsi s’inscrire dans une approche globale, associant prévention, protection des victimes, poursuite des auteurs et accompagnement vers l’émancipation.

 

Le plaidoyer de l’Amicale du Nid

 

Ces données 2016-2025 rappellent l’importance de poursuivre et de renforcer la lutte contre toutes les formes de traite et d’exploitation des êtres humains.

 

Pour l’Amicale du Nid, elles mettent particulièrement en lumière trois enjeux essentiels :

  • La nécessité de volonté de politique pénale en matière de lutte contre le système prostitutionnel (contre les acheteurs comme contre les réseaux de proxénétisme et de traite des êtres humains),
  • La protection des personnes mineures victimes d’exploitation sexuelle
  • La garantie d’un accès effectif aux droits pour toutes les victimes.

 

L’augmentation du nombre de victimes mineures exige notamment une mobilisation renforcée des pouvoirs publics, des institutions de la protection de l’enfance et des associations spécialisées.

 

L’Amicale du Nid plaide pour :

  • La nécessité de renforcer les moyens consacrés à la lutte contre le système prostitutionnel et à l’accompagnement des personnes victimes, pour garantir à chacune d’entre elles la possibilité de construire un avenir libéré de l’exploitation.
  • Un repérage et aller-vers les victimes de traite des êtres humains et d’exploitation.
  • Une évaluation systématique des vulnérabilités et de traite des victimes par tous les acteurs.rices, pour une meilleure protection.
  • La mise en place du Mécanisme National d’Identification, d’Orientation et de Protection des personnes victimes (MNIOP).
  • L’application de la clause de non-responsabilité pénale lorsque les délits ou crimes sont commis sous contrainte.
  • Un accompagnement et une protection adaptés, notamment l’effectivité des droits des victimes, avec des moyens octroyés aux acteurs de terrain à la hauteur des besoins.
  • Des soins spécialisés apportés aux victimes de traite et d’exploitation, en lien avec les violences physiques, psychologiques et sexuelles subies, notamment les psychotraumas.
  • Lorsqu’une victime se porte témoin ou porte plainte contre un réseau de traite ou de proxénétisme, l’écarter de tout risque d’obligation de quitter le territoire (OQTF) pendant la durée de la procédure.
  • Des procédures d’enquête, des procès et des évaluations des préjudices qui prennent le soin d’écarter tout risque de re-victimisation des personnes.
  • Une protection administrative des victimes par un droit au séjour : dans le cadre des « délais de réflexion », des procédures (avec témoignage ou plainte) comme en parcours de sortie de la prostitution, avec carte de résident.es si une condamnation définitive des auteurs a lieu ou à l’issue des PSP.
  • La transposition de la directive européenne sur la traite des êtres humains (directive 2011/36/UE du Parlement européen révisée en juin 2024) incluant dans la traite des êtres humains l’exploitation de la gestation pour autrui, du mariage forcé ou de l’adoption illégale.
  • L’effectivité de la réponse pénale, à la hauteur des violences du système de traite et d’exploitation.

 

Pour aller plus loin :