L’Intervention de Laurence Rossignol, Sénatrice du Val-de-Marne et Présidente de l’Assemblée des Femmes devant le Congrès

Intervention de Laurence Rossignol, Sénatrice du Val-de-Marne et Présidente de l’Assemblée des Femmes devant le Congrès, le 4 mars 2024 :

 

« Madame la Présidente,

Monsieur le Premier ministre et les membres du gouvernement,

Madame la Ministre Aurore Bergé,

Monsieur le Garde des sceaux,

Chers collègues,

 

Quelle victoire ! Quelle fierté ! Quel bonheur !

Car oui, n’ayons pas peur des mots, c’est bien une victoire dans un long combat. Le combat des femmes pour leur liberté et contre l’obscurantisme. Depuis 1975, les activistes anti-IVG n’ont jamais renoncé, avec nos votes nous leur disons : « cessez de vous agitez, c’est fini », nous ne reviendrons pas aux temps maudits des avortements clandestins.

 

Notre vote va également réparer des pages noires du passé. Il réhabilite toutes les femmes poursuivies, condamnées, guillotinées pour avoir recouru ou procédé à un avortement.

Aux 343 du Manifeste, à Gisèle Halimi, à Simone Veil, à Yvette Roudy, je veux dire : « Nous avons marché dans vos pas et comme vous nous avons réussi ».

 

Quelle fierté ces dizaines de bravos, de mercis reçus de France, du Brésil, des États-Unis ou de Pologne.

Quel bonheur d’avoir construit ce vote avec des députées et des sénatrices de tous les groupes… enfin presque tous les groupes : des communistes, des écologistes, des centristes, des insoumises, des renaissances, des LR et des socialistes. Nous avons fait comme nos prédécesseures pour la parité : l’alliance transpartisane de femmes déterminées et courageuses.

 

Cette sécurisation de l’IVG dans la Constitution, sa consécration comme liberté fondamentale, nous la devons d’abord à la société civile, citoyenne et militante. Nous la devons aux Françaises et aux Français qui, de sondage en sondage, ont toujours dit clairement qu’ils voulaient cette réforme. Nous la devons aux féministes et aux dizaines de milliers de femmes qui ont maintenu sur le Parlement et l’exécutif une pression constante jusqu’à ce que le Président de la République prenne le relai.

 

Qu’allons nous faire maintenant ? Les féministes vont-elles partir en vacances ? Et bien non, nous allons continuer. Nous allons continuer pour les centaines de millions de femmes dans le monde qui n’ont pas notre chance.

Nous continuerons pour celles qui résistent à Trump, Bolsonaro, Orbán, Milei, Poutine, Giorgia Meloni, sans oublier bien sûr les mollahs et les dictateurs théocratiques. Tous ces fléaux qui n’ont qu’une obsession : assigner les femmes à leur fonction reproductrice et sauver le patriarcat.

Le droit de disposer de son corps, de choisir et non subir la maternité est LA condition de l’émancipation des femmes. Mais ce n’est pas un aboutissement. Tant que les viols, les féminicides, les inégalités salariales se poursuivront, nous continuerons. Tant que le sexisme d’atmosphère durera, nous continuerons.

 

Avec notre vote, nous allons faire du bien au pays et à nos concitoyens. Ils seront fiers. Fiers d’eux et, je l’espère, fiers de nous.

Aujourd’hui la France retrouve le fil de son histoire, l’histoire du pays des droits humains qui donne du courage partout, à toutes celles et ceux qui luttent.

La France qui est là au Congrès, c’est la France qui rayonne. Pas celle qui s’enferme et se recroqueville. Notre vote est un formidable antidote du déclinisme. Il ravive les couleurs de notre devise, Liberté, Égalité, Fraternité, et vous m’autoriserez à y ajouter aujourd’hui, Sororité.

 

Vous l’avez compris le groupe socialiste, écologiste et républicain du Sénat votera la constitutionnalisation de l’IVG.

 

Vive le Féminisme, vive la République et vive la France. »