M, accompagnée par l’Amicale du Nid a été exploitée sexuellement dès ses 16 ans : elle a accepté de témoigner :
« J’ai cru que c’était une solution. Aujourd’hui, je sais que les conséquences restent. »
« J’ai rencontré l’association il y a presque deux ans. C’est mon administratrice ad hoc qui m’a orientée vers eux. À l’époque, j’avais surtout besoin de parler à des personnes qui pouvaient comprendre ce que je vivais. Mes proches, mes amis, même ma famille, ne pouvaient pas vraiment saisir cette réalité.
Ici, j’ai trouvé un espace où je pouvais parler sans avoir peur d’être jugée.
Quand j’ai commencé, j’étais mineure. Au départ, je n’aurais jamais imaginé faire ça. Puis il y a eu le besoin d’argent. Je voyais une autre jeune fille gagner beaucoup d’argent et je me suis dit : « Pourquoi pas moi ? » J’étais seule, sans soutien familial, et cette solution m’a semblé possible.
Aujourd’hui, je me rends compte que le plus difficile n’est pas seulement d’arrêter. C’est tout ce que cette expérience laisse derrière elle. Quand on a connu cet argent, on sait qu’il est toujours possible d’y retourner dès qu’on en manque. C’est devenu une option qui paraît presque normale : c’est ça qui est inquiétant.
Avec le temps, je me suis aussi rendu compte que ce n’était pas de « l’argent facile ». Le prix à payer est immense. On perd peu à peu le respect de soi. On finit par accepter des choses qu’on n’aurait jamais imaginé accepter auparavant. On banalise des situations qui sont pourtant violentes.
Cette expérience change aussi le regard que l’on porte sur les autres. Après avoir rencontré autant de clients, je ne vois plus les gens de la même façon. Je me méfie davantage et j’ai parfois du mal à croire aux relations. Aujourd’hui encore, je n’arrive pas à envisager une relation amoureuse. Je ne sais pas si cela changera un jour.
Pendant longtemps, j’ai aussi eu besoin de trouver des moyens d’oublier ce que je vivais. Beaucoup de jeunes cherchent à mettre à distance cette réalité, à travers des consommations ou d’autres échappatoires. Même lorsque la fréquence est moins élevée, les conséquences psychologiques restent présentes.
Ce qui m’a aidée, c’est de pouvoir mettre des mots sur ce que je vivais. Ici, je peux parler sans avoir à me justifier. C’est important, parce qu’en dehors de l’association, je n’en parle presque jamais. Même avec mes amis, je sens qu’ils ne peuvent pas comprendre ce que cela représente réellement.
J’aimerais aussi que l’on comprenne une chose : on ne commence pas ce parcours par hasard. Derrière l’argent, il y a souvent des blessures, des manques, des violences, des carences affectives ou éducatives. Ce n’est jamais une histoire simple.
Si je partage mon histoire aujourd’hui, c’est pour rappeler qu’avant de juger une personne, il faut essayer de comprendre ce qui l’a amenée jusque-là. »