Portrait de professionnelle:Fouzia, conseillère en insertion professionnelle

Fouzia, conseillère en insertion professionnelle à l’amicale du Nid dans l’Hérault nous parle de son parcours, de ses engagements et missions, mais aussi du rôle de l’Association auprès des personnes accompagnées.

 

Votre parcours avant l’Amicale du Nid est assez singulier. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Mon parcours est effectivement assez atypique. J’ai d’abord suivi des études de psychologie clinique jusqu’à la maîtrise, puis des études d’ethnologie jusqu’au doctorat. J’ai ensuite exercé plusieurs métiers très différents : projectionniste dans un cinéma, auxiliaire de vie, mais aussi de nombreuses missions bénévoles dans diverses associations.

J’ai souvent alterné périodes d’études, reprises de formation et expériences professionnelles dans des secteurs variés. C’est sans doute ce parcours peu linéaire qui me permet aujourd’hui de m’adapter facilement et de mobiliser des compétences très diverses dans mon travail.

Lorsque j’ai suivi ma formation de conseillère en insertion professionnelle, j’ai retrouvé un métier qui réunissait finalement beaucoup d’éléments de mon parcours : l’accompagnement, l’écoute, la rigueur méthodologique et les valeurs associatives auxquelles je suis attachée depuis longtemps.

 

Vous évoquez souvent la notion d’autonomie. Pourquoi est-elle si importante dans votre accompagnement ?

 

L’objectif de notre travail ne se limite pas à l’accès à l’emploi. Il s’agit aussi d’aider les personnes à devenir autonomes dans leurs démarches administratives, leur recherche d’emploi et plus largement dans leur vie quotidienne.

Nous accompagnons progressivement les personnes vers les structures de droit commun : France Travail, les Missions Locales, les CIDFF ou encore les différent.es partenaires du territoire. L’idée est qu’elles puissent identifier elles-mêmes les ressources existantes et s’en saisir.

Nous sommes là pour soutenir et accompagner, mais aussi pour permettre aux personnes de gagner en indépendance et en confiance dans leurs capacités.

 

Le travail en équipe semble particulièrement important dans votre fonction.

 

Oui, il est essentiel. L’accompagnement ne peut pas se faire seul. Nous travaillons en permanence avec les éducatrices spécialisées, les psychologues cliniciennes, la conseillère en économie sociale et familiale, mais aussi avec de nombreux.ses partenaires extérieur.es.

Le co-accompagnement permet de croiser les regards et d’apporter des réponses plus adaptées aux besoins des personnes accompagné.es. Chacun.e apporte son expertise et ses compétences.

 

Quels partenariats sont particulièrement importants dans votre activité ?

 

Notre partenariat avec France Travail est particulièrement précieux. Nous avons la chance de travailler avec une conseillère emploi référente dédiée à nos publics dans le cadre du Parcours de Sortie de Prostitution.

Cela signifie que les personnes accompagné.es rencontrent toujours la même professionnelle, dans un cadre identifié. Cette continuité facilite la relation de confiance et permet un meilleur suivi des parcours.

Nous travaillons également avec des organismes de formation, des structures d’insertion par l’activité économique, des associations spécialisées dans l’accompagnement des psychotraumatismes et de nombreux.ses acteur.rices du territoire.

 

Le PSP représente un enjeu particulier dans les parcours que vous accompagnez. Pourquoi ?

 

Pour les personnes engagées dans le Parcours de Sortie de Prostitution, l’insertion professionnelle est un enjeu majeur. Au-delà de l’accès à l’emploi, elle est souvent liée aux questions de régularisation administrative et de renouvellement des titres de séjour.

Le parcours dure deux ans. Cela peut paraître long, mais en réalité ce délai passe très vite. Les personnes doivent construire un projet professionnel, parfois apprendre le français, se former, effectuer des stages et accéder à un emploi dans un temps relativement contraint.

Cette temporalité crée parfois une pression importante pour les personnes accompagné.es comme pour les professionnel.les.

 

Vous appliquez également certaines règles particulières liées à la confidentialité.

 

Oui. Lorsque nous croisons des personnes accompagné.es dans l’espace public, nous ne les saluons jamais en premier. Nous attendons qu’elles viennent vers nous si elles le souhaitent.

Cette règle peut surprendre mais elle est très importante. Elle permet de protéger la confidentialité des personnes accompagné.es et d’éviter qu’elles soient identifiées comme fréquentant l’association.

Certaines peuvent être accompagnées de leurs enfants, de proches ou simplement souhaiter préserver leur vie privée. D’autres peuvent également être exposées à des risques liés à leur parcours. Cette discrétion fait partie intégrante de notre accompagnement.

 

Les questions de mobilité constituent-elles un frein à l’insertion ?

 

Oui, très souvent. Beaucoup des personnes que nous accompagnons n’ont ni permis de conduire ni véhicule.

Or, certains secteurs qui recrutent, comme les services à la personne ou l’hôtellerie, nécessitent parfois des déplacements vers des zones moins bien desservies par les transports en commun.

Nous réfléchissons régulièrement à des solutions permettant de faciliter la mobilité des personnes accompagné.es, car elle représente un levier important pour l’accès à l’emploi.

 

Vous constatez également une évolution des publics accompagnés depuis votre arrivée.

 

Oui. Lorsque je suis arrivée en 2022, nous accompagnions principalement des femmes originaires du Nigeria. C’est toujours le cas aujourd’hui, mais nous observons progressivement l’arrivée de nouveaux publics, notamment des femmes venant d’Amérique latine.

Nous accueillons également davantage de femmes originaires du Cameroun, du Congo ou de Guinée.

Une autre évolution importante concerne la parentalité. Nous accompagnons aujourd’hui beaucoup plus de mères qu’à mon arrivée. Cette réalité transforme les accompagnements et mobilise fortement l’ensemble des professionnel.les de l’équipe autour des questions liées aux enfants, à la garde, à la scolarité ou encore à la santé.

 

Quelles difficultés administratives rencontrez-vous actuellement ?

 

Les autorisations provisoires de séjour représentent un enjeu important. Même lorsqu’elles autorisent l’accès à l’emploi, leur durée parfois courte peut inquiéter certain.es employeur.euses.

Nous rencontrons également des situations où des employeur.euses demandent des documents complémentaires, comme un passeport, alors même que les démarches pour l’obtenir sont en cours. Cela peut retarder ou compromettre certaines embauches.

Ces difficultés administratives ont parfois des conséquences très concrètes sur les parcours d’insertion et nécessitent un important travail de médiation avec les employeur.euses.

 

Quelles évolutions souhaiteriez-vous voir se développer à l’avenir ?

 

Une première piste concernerait l’allongement de la durée des autorisations provisoires de séjour afin de sécuriser davantage les parcours et de rassurer les employeur.euses.

J’aimerais également développer des outils plus adaptés aux personnes en situation d’analphabétisme. Certaines n’ont jamais été scolarisées et n’ont jamais appris à lire ou à écrire, y compris dans leur langue maternelle. Les dispositifs existants ne répondent pas toujours à leurs besoins.

C’est pourquoi je souhaiterais me former davantage aux méthodes FALC (« Facile à lire et à comprendre ») et développer des supports plus accessibles.

Enfin, comme beaucoup d’associations, nous faisons face à une question très concrète : celle des locaux. Nous aimerions disposer d’espaces plus grands, permettant d’organiser davantage d’ateliers collectifs et d’accueillir les personnes dans des conditions encore meilleures.

Nous sommes très attaché.es à notre implantation en centre-ville, qui facilite l’accès aux transports et aux services pour les personnes accompagné.es. L’enjeu est donc de pouvoir grandir tout en conservant cette proximité essentielle.