La Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof) publie les résultats de son enquête 2026 sur les victimes accompagnées par les associations en France en 2025. Réalisée avec la contribution de 61 associations, dont l’Amicale du Nid et ses professionnel.les, cette étude dresse un constat alarmant : l’exploitation sexuelle demeure de loin la principale forme d’exploitation identifiée par les structures répondantes, touchant massivement les femmes et les personnes mineures.
Une exploitation sexuelle massive, qui cible principalement les femmes et les enfants
En 2025, 6 358 victimes d’exploitation et/ou de traite des êtres humains ont été repérées, dont 78% ont bénéficié d’un accompagnement individuel.
Parmi elles, les victimes d’exploitation sexuelle sont très largement majoritaires :
– 82 % de l’ensemble des victimes repérées le sont sexuellement exploitées ;
– 4 149 victimes d’exploitation sexuelle sont accompagnées par les associations ;
– 93 % des victimes d’exploitation sexuelle sont des femmes, parmi celles dont le genre est renseigné ;
– 90 % des victimes mineures accompagnées sont sexuellement exploitées (827 enfants) ;
– 72 % des victimes d’exploitation sexuelle pour lesquelles cette information était disponible ont subi une exploitation impliquant des outils numériques.
Ces chiffres sont accablants. Ils témoignent de la place prépondérante de l’exploitation sexuelle dans les situations rencontrées par les associations, mais aussi de la vulnérabilité particulière des femmes et des enfants face aux violences du système prostitutionnel.
Plus inquiétant encore, 41 % des victimes majeures étaient mineures lorsque leur exploitation a commencé.
Des mécanismes d’emprise qui rendent la sortie de l’exploitation particulièrement difficile
L’étude met également en lumière la violence des mécanismes d’emprise : menaces, violences physiques et psychologiques, dépendance économique, chantage administratif, contrôle de l’hébergement et utilisation des outils numériques.
Toutes formes d’exploitation confondues, 76 % des victimes ont été exploitées dans le cadre d’un réseau. Au moment de leur rencontre avec les associations, 68 % étaient toujours en situation d’exploitation.
Ces données rappellent que les victimes ne sont pas simplement confrontées à des situations de précarité : elles subissent des systèmes de domination, de contrainte et de violences qui entravent profondément leur liberté et leur capacité à s’extraire de l’exploitation.
Reconnaître, protéger et accompagner : une responsabilité collective
Au-delà du constat statistique, cette enquête met en évidence les obstacles persistants à la protection des victimes.
L’accès à un hébergement sécurisé, aux soins, au droit au séjour et à la justice reste un enjeu majeur. En 2025, 34 % des victimes concernées par les données disponibles ont déposé plainte auprès des forces de sécurité, tandis que 38 victimes accompagnées se sont vu refuser l’enregistrement de leur plainte, dont 36 victimes d’exploitation sexuelle.
Ces chiffres ne peuvent rester sans réponse. Ils rappellent l’urgence d’une identification précoce des victimes, d’une protection effective et inconditionnelle et de moyens à la hauteur des besoins des associations spécialisées.
L’Amicale du Nid, dont les professionnel.les ont contribué à la production de ces données, réaffirme la nécessité d’une lutte déterminée contre le système prostitutionnel, le proxénétisme et la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle.
Derrière ces chiffres, ce sont des milliers de femmes, d’enfants et de personnes victimes de violences dont les droits fondamentaux sont bafoués. Leur protection, leur reconnaissance comme victimes et leur accès à des alternatives réelles à la prostitution doivent constituer une priorité.
La lutte contre l’exploitation sexuelle ne peut se limiter à la répression des réseaux : elle doit s’accompagner d’une volonté politique forte, de moyens pérennes et d’un engagement collectif pour permettre à chaque victime de se reconstruire et d’accéder à une vie libre de toute exploitation.