Y, un homme exploité sexuellement et accompagné à Marseille, nous a livré son témoignage :
« Mon histoire est celle d’un combat pour la liberté, d’un refus de l’oppression et du choix vital de s’émanciper des traditions rigides qui cherchent à enfermer les vies.
J’ai grandi en Côte d’Ivoire, au sein d’une communauté où les règles dictaient chaque aspect de notre existence.
Dans ce système patriarcal et dogmatique, on nous enseigne qu’un homme doit vivre en laisse, qu’il ne doit jamais quitter sa terre ni contredire l’ordre établi par les anciens et les chefs coutumiers.
L’individu n’existe pas en tant que sujet libre ; l’obéissance aveugle est exigée, en particulier pour soumettre les corps et les consciences des femmes et des minorités. Mon chemin de résistance a commencé face à une violence insoutenable : une fille dans notre famille a été excisée et elle est décédée. Quand on a encore voulu continuer, je me suis plainte et j’ai refusé de me taire.
Ce premier acte de désobéissance a brisé le pacte du silence et m’a poussé à dire non à la violence faite aux femmes, me faisant basculer du statut de sujet soumis à celui d’homme libre. À ce refus de la tradition s’est ajoutée une autre réalité que la communauté considérait comme le crime suprême : la découverte de mon orientation et de l’amour que je portais aux hommes. Dans un tel système, la différence intime est perçue comme une trahison impardonnable.
J’ai fait l’objet d’un rejet total, d’un bannissement officiel, d’insultes violentes, et d’une persécution alliant menaces de mort et confiscation de mes droits les plus fondamentaux, notamment lors de conflits liés à l’héritage familial. La coutume utilise le contrôle de la sexualité pour briser ceux qui refusent de se soumettre. Face aux menaces et à la barbarie de ce système, j’ai dû fuir.
Quitter sa terre n’est pas un déshonneur, c’est l’unique chemin de survie pour ne pas plier et pour sauver sa dignité. Arrivé en France, ça a été un peu difficile pour moi. L’asile n’a pas marché. J’ai été un peu dans la rue et j’ai fait connaissance d’un monsieur.
J’ai commencé à me prostituer pour vivre, pour avoir de quoi à manger, pour avoir de quoi à dormir. Aujourd’hui, je me tourne vers l’Amicale du Nid. Cette association a 80 ans bientôt, et elle a permis à tant de jeunes de sortir de la prostitution et à beaucoup de personnes de gagner leur liberté.
J’ai vu de mes propres yeux tout ce qu’elle a apporté à de nombreux amis que je connais. À mon tour, c’est vers elle que je viens chercher de l’aide et un soutien précieux pour me reconstruire.
Mon parcours me rappelle que la liberté d’aimer, de penser et de refuser l’oppression a un coût très élevé, mais que grâce à l’aide d’associations comme l’Amicale du Nid et au courage de dire la vérité, il est possible de briser ses chaînes et de retrouver le droit d’exister pleinement tel que l’on est. »